Un accident dramatique a eu lieu à Villiers-le-Bel dimanche soir. Une enquête a été immédiatement diligentée. Je fais confiance à la justice de notre pays pour qu’elle soit menée à bien.
Je tiens, tout d’abord, à dire aux deux familles endeuillées que je partage leur douleur. Je souhaite, comme eux, comme tous ici, que la vérité soit faite et que l’enquête aille jusqu’à son terme, de façon totalement indépendante et transparente.
Je tiens, tout également, à rendre un hommage appuyé à l’ensemble des forces de police et des pompiers qui, sur le terrain, oeuvrent pour maintenir et rétablir l’ordre public. Aujourd’hui, la violence a monté d’un cran : là où, il y a deux ans, on s’attaquait aux biens, on s’attaque aux personnes. Désormais, il y a volonté de tuer. Et cela est totalement intolérable et injustifiable.
Je tiens, enfin, à rendre un hommage appuyé à l’ensemble des élus, qui oeuvrent chaque jour pour représenter les habitants de la banlieue et changer les regards chargés de soupçons et de clichés qu’on porte trop souvent sur eux.
L’accident, qui a coûté la vie de à deux de nos jeunes dimanche soir, est injuste et tragique. L’escalade de violence qui en a découlé est malheureuse, malheureuse et inacceptable. Malheureuse parce qu’elle fait du tragique, rajoutant à la souffrance des familles un affrontement stérile. Inacceptable parce qu’on ne discute pas les armes à la main, parce qu’on ne règle pas rien à coup de vengeance, parce qu’on n’éteint pas la souffrance en embrasant les lieux publics, les bibliothèques, les écoles…
Certes, face à cet embrasement et ces incendies criminels, qui touchent les personnes les plus fragiles au cœur de nos banlieues, nous devons tous prendre notre part de responsabilité.
Pour autant, la politique menée depuis ces deux ans n’a pas arrangé les choses. Les promesses de « Marshall des banlieues » n’ont pas été respectées. L’engagement prôné par le gouvernement de droite de l’époque n’a pas été suivi par les moyens attendus. Et du désenclavement promis, nous sommes passés au repli aggravé.
Plus que l’échec de la politique de la ville, c’est son inefficacité et sa lenteur qui sont à décrier. Or une politique de la ville engagée doit aider les communes qui en ont le plus besoin, les communes comme les nôtres qui ont plus de charges et de difficultés que les autres.
Aujourd’hui, nous demandons une seule chose : que l’Etat et le gouvernement fasse son travail. Sans invectives superflues, sans polémiques politiciennes, sans amalgames détournés. Faire son travail, c’est-à-dire, tenir ses engagements.
Nous l’avions déjà dénoncé en 2005 : quand on baisse le nombre de policiers dans les zones sensibles, quand on supprime la police de proximité, quand disparaissent les moyens alloués aux associations chargées de faire de la prévention dans les quartiers difficiles, on exacerbe le sentiment d’abandon et d’injustice des habitants de ces quartiers.
Notre première exigence aujourd’hui est le retour de la paix républicaine dans nos quartiers. Mais au-delà des mesures d’urgences, d’autres actions doivent être menées en termes d’éducation, d’emplois - notamment pour les jeunes, de logement et de proximité.
A l’heure où les cadeaux fiscaux vont aux plus riches, il serait plus que temps de prendre en compte les vraies souffrances, celles de tous ceux qui vivent au quotidien les difficultés de ces quartiers.
Enfin, je demande au gouvernement de réunir les sociétés d’assurance afin que les personnes victimes de l’incendie de leur voiture puissent être indemnisées au plus vite. Et je demande aux médias sur place de ne pas oublier qu’on ne peut pas porter un regard unique sur nos territoires et qu’on ne peut pas réduire nos habitants aux gestes de révoltes de ces dernières nuits.
A ceux qui ont tôt fait de nous dire que l’histoire se répète, j’en veux surtout aux pages promises qu’on n’a jamais pris la peine d’écrire. Pour éviter un mauvais remake, il est plus qu’urgent de porter un véritable débat sur l’état de nos banlieues à l’Assemblée nationale.
Pour que ces deux nuits ne prennent pas la suite des onze soirées de violence de 2005, il est plus qu'urgent de transformer ce cri d’alarme en cri d’action.